“Les défis à relever des Agences de presse africaines sont surtout financier, organisationnel et humain”

    Mr Khalil Hachimi Idrissi

    Entretien exclusif avec Khalil Hachimi Idrissi, Président de la Fédération Atlantique des Agences de Presse Africaines (FAAPA) et Directeur Général de l’Agence Marocaine de Presse (MAP).

    Propos recueillis par David Sallinen, New World Encounters

    DS: Pouvez-vous nous présenter la FAAPA ?

    Depuis sa création en 2014 à Casablanca, la FAAPA poursuit ses efforts pour consolider les relations de partenariat entre les agences de presse africaines dans le cadre de la coopération sud-sud.  Elle œuvre pour contribuer, d’une manière efficiente, à la mise à niveau et au développement de ces agences de presse en termes d’investissement dans le capital humain à travers la formation  et l’échange d’expériences,  notamment dans les domaines des contenus éditoriaux, du multimédia et du digital.

    La dimension stratégique de la FAAPA peut se résumer en quelques chiffres clés :

    -30 agences de presse  membres, en plus de l’adhésion d’importants groupements professionnels représentant notamment les agences de presse de la Méditerranée,  l’Amérique latine, l’Asie et le Pacifique.

    – 30 pays partenaires  représentés au sein des forums et réseaux affilés à la FAAPA, tels que le  Réseau des femmes leaders, le Forum des Directeurs de l’information et le Réseau des IT managers.

    – 600 journalistes et cadres de différents pays africains formés au Centre Africain de Formation des Journalistes (CAFJ) relevant de la FAAPA.

    – 200 contributions par jour (dépêches et photos) des membres au site web de la FAAPA, premier site agrégateur de l’information  africaine.

    – 3 Grand Prix Médias de la FAAPA décernés chaque année aux journalistes et reporters  dans les catégories du meilleur article, du meilleur reportage vidéo et de la meilleure photo.

    Ce Grand Prix vise l’encouragement de l’excellence au sein des agences de presse africaines.

    DS: Quelle est la raison d’être de la FAAPA ?

    La raison d’être de la FAAPA se décline à travers les objectifs suivants :

    – Constituer un espace d’échange d’idées et de réflexion sur l’avenir des agences de presse africaines ainsi que sur le rôle qu’elles doivent jouer au 21ème siècle dans leurs diversités et leurs spécificités respectives, en tenant compte des  profondes mutations qui caractérisent le paysage médiatique dans le contexte de la mondialisation et à l’ère du multimédia.

    – Instaurer un partenariat stratégique entre les agences de presse et développer leurs relations professionnelles dans tous les domaines d’intérêt commun.

    – Promouvoir la coopération et l’échange d’expériences entre  les agences de presse dans tous les domaines d’intérêt commun dont notamment l’information,  la formation et les produits multimédia.

    – Faire face ensemble aux défis multiformes de la mondialisation et promouvoir la coopération sud-sud et la cohésion entre les pays de la région.

    – Contribuer à l’approfondissement du dialogue et au développement de la coopération dans le cadre d’une nouvelle dynamique.

    – Contribuer à consolider la libre circulation de l’information ainsi que le renforcement de la coordination au niveau des forums régionaux et internationaux;

    – Consolider la mise en place des outils de gouvernance.

    – Respecter les principes de l’éthique professionnelle et de la déontologie journalistique , qui  consacrent l’engagement des agences de presse africaines à servir l’intérêt général, en fournissant avec célérité aux utilisateurs et abonnés des informations fiables, honnêtes, diversifiées et plurielles.

    DS: Quels sont les défis les plus pressants auxquels vous êtes confrontés ?

    Les défis pressants auxquels les agences de presse africaines sont confrontées sont notamment d’ordre financier, organisationnel et humain. On peut les résumer en ce qui suit :

    – Manque de ressources financières et humaines.

    – Nécessité de se doter de cadre juridique et de structures modernes  en adéquation avec les mutations et les performances qui caractérisent le secteur des médias dans le monde.

    – Renforcement des compétences des journalistes en matière de fact-checking et de lutte contre les fake news.

    – Consolidation de la formation des journalistes des agences de presse africaines aux techniques de communication et de production de contenus innovants pour qu’ils puissent être à la pointe de l’évolution technologique dans l’optique d’adapter les contenus  éditoriaux,  destinés à une consultation en ligne et les optimiser pour le référencement.

    – Identification des opportunités de développement de l’information africaine sur le web à travers l’intégration des réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram…).

    “Nous espérons que les travaux de New world Encounters seront d’un grand apport pour la recherche et le développement d’un nouveau business modèle pour les agences de presse africaines.”

    Khalil Hachimi Idrissi, Président de la Fédération Atlantique des Agences de Presse Africaines (FAAPA)

    DS: Face à la crise pandémique, qu’avez-vous appris sur vos organisations et vos équipes ?

    Comme tout le monde le sait, la pandémie de Covid-19 a lourdement impacté le secteur de la presse. Les agences de presse africaines, à l’instar d’autres médias, se sont confrontés à la résiliation de nombreux abonnements en raison de coupures budgétaires.

    Face à la récession économique qui a frappé de plein fouet le secteur médiatique, il est devenu impératif de repenser le business modèle des agences de presse africaines et de la presse écrite en général.

    Sur le plan organisationnel, les agences de presse membres de la FAAPA ont adopté le mode télétravail et appliqué les mesures sanitaires préconisées dans le cadre des efforts visant à lutter contre la propagation du coronavirus.

    De même, certaines agences de presse africaines ont créé des rubriques ou lancé des sites spécifiques sur internet dédiés à la publication et à la diffusion des informations sur le Covid-19, dans le but de tenir l’opinion publique informée des développements de la pandémie ainsi que des mesures prises contre la propagation du virus. Elles ont pu ainsi contrecarrer  les «fake news» qui étaient parfois véhiculées sur les réseaux sociaux ou par d’autres supports d’information. En outre, certaines agences de presse qui disposent de journaux quotidiens ou de magazines périodiques ont accordé aux utilisateurs, pendant la période du confinement, la consultation gratuite de la version digitale de ces publications.

    Dans ce sillage, l’Agence Marocaine de Presse, qui préside actuellement la FAAPA,  a lancé deux newsletters quotidiennes («Covid-19» et «Afrique Covid-19»), dédiées à la pandémie, dans l’objectif de donner une vue d’ensemble sur l’évolution du coronavirus dans les pays du continent africain.

    Ces deux newsletters quotidiennes ont été consultées par 57.000 abonnés. La première newsletter “Covid-19” a été lancée le 10 avril 2020 et a été  diffusée auprès de plus de 20.000 abonnés au Maroc.

    La seconde newsletter “Afrique Covid-19”, puisée dans la production éditoriale des agences membres de la FAAPA, a été diffusée à partir du 14 avril et envoyée à 37.000 abonnés en Afrique.

    DS: La FAAPA soutient New World Encounters et ses représentants participeront à nos travaux, quelles sont vos attentes concrètement ?

    En effet, des membres et représentants de la FAAPA participeront aux travaux de New world Encounters dans le cadre de la nouvelle dynamique qui caractérise les actions de cette fédération africaine visant à appuyer toutes les initiatives stratégiques dans le domaine médiatique.

    Nos attentes dans ce domaine sont variées et les interrogations sont nombreuses.

    Comment être en phase avec la digitalisation ?

    Faut-il accélérer le report de toute l’activité de l’agence de presse vers le numérique ?

    Quelle stratégie faut-il adopter pour le passage en télétravail en cas de crise pour faire face aux nouveaux défis et assurer des revenus vitaux pour l’entreprise ?

    Nous espérons que les travaux de New world Encounters seront d’un grand apport pour la recherche et le développement d’un nouveau business modèle pour les agences de presse africaines.

    David Sallinen, CEO d’Upgrade Media, fondateur de New World Encounters et consultant Stratégies numériques.

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